Le mariage de Figaro 2

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Le mariage de Figaro 2

Message  Admin le Mar 15 Jan - 20:14




UNE COMEDIE GAIE


"La Folle Journée" est une comédie dominée par "l'ancienne et franche gaieté" : celle des caractères de Suzanne et de Figaro, celle des situations et celle du verbe. Beaumarchais use de tous les ressorts du comique, en fidèle héritier de la farce, de la commedia dell'arte et de la comédie moliéresque.

Le comique de gestes :

Quelques exemples:

- L'échange des révérences entre Suzanne et Marceline (I,4), traduit sur le mode plaisant l'antagonisme entre les deux femmes.

- Figaro qui se prosterne "à genoux, ventre à terre".

- Le Comte "une pince à la main", se transforme en serrurier du château.

- "Il pleut des soufflets" : c'est Suzanne qui donne le premier à Figaro et qui s'amuse à en distribuer en cascade, pour se venger du peu de confiance de son mari : "Et voilà pour tes soupçons ; voilà pour tes vengeances et pour tes trahisons...."

- C'est Figaro qui reçoit le soufflet que le Comte destinait à Chérubin (V,6)

- Le Comte reçoit le baiser qui était destiné à la Comtesse ( déguisée en Suzanne) par Chérubin.

Le comique de mots :
(il est de loin celui qui domine la pièce.)

- On joue avec les mots : Antonio considère que sa réputation de jardinier "est effleurée"(III,21) parce que ses fleurs ont été piétinées. Figaro, apprenant que "le badinage est consommé", voudrait qu'il en fût de même de son mariage

- Balbutier devient "balbuciférer"(III,15) pour le jardinier qui ne comprend pas ce qui se passe.

- Pour Figaro, Bazile n'est pas un musicien à faire "briller" un chanteur, mais à le faire "brailler". La contrepétrie en dit long sur le peu d'estime de Figaro pour le maître de musique !

- Bartholo et Figaro, lors du procès (III,15) ,se lancent dans une joute oratoire pédante quant à l'emploi de "la conjonction copulative ET qui lie les membres corrélatifs de la phrase" ou de "la conjonction alternative OU".

- Bazile et Figaro pastichent les proverbes: sur le mode du calembour ( bien nanti pour bien né) : Figaro - Gaudeant bene nati / Bazile - non, gaudeant bene nanti ; sur le mode de la "rénovation" : (I, 11) Figaro - "Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin ".../ Bazile - "Elle s'emplit" et (II, 13) : Bazile - "Je n'irai pas lutter contre le pot de fer moi qui ne suis"... / Figaro - "Qu'une cruche"

- Tout un jeu d'apartés se met en place scène 7, acte V, tandis que le Comte et la Comtesse ( déguisée en Suzanne) discutent de la nécessité pour une femme de tout faire pour garder sa mari

- Quelques bons mots à retenir :

Suzanne : " Prouver que j'ai raison, c'est accorder que je puis avoir tort." ; " Je lui dis tout hors ce ce qu'il faut taire" (III,9) ; "La jalousie de Madame est aussi connue que ses droits sur Figaro sont légers" (I,5 en parlant de Marceline)

Figaro : "Ce n'est pas moi qui mens, c'est ma physionomie" (II,20) ; "Un plus adroit serait resté en l'air" (à propos de sa chute) ; "... à pédant, pédant et demi" ; toute la tirade sur la définition de la politique ( III,5) joue sur les antithèses" Feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore [...] tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance de l'objet"; "Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fais banquier de pharaons" (V,3)

Antonio "[...] je ne suis pas assez bête, moi, pour renvoyer un si bon maître" (II,21)

Le comique de situation

- La scène 8 de l'acte I, offre un exemple très intéressant de comique de situation : la scène se passe dans la chambre de Suzanne, elle s'entretient avec Chérubin. Surpris par l'arrivée du Comte, Chérubin se cache derrière le fauteuil sur le quel Suzanne jette une robe. L'arrivée impromptue de Bazile contraint le Comte à trouver une cachette : une longue didascalie nous précise le jeu scénique : "Suzanne lui barre le chemin ; il la pousse doucement, elle recule, et se met ainsi entre lui et le petit page ; mais pendant que le Comte s'abaisse et prend sa place, Chérubin tourne et se jette sur le fauteuil à genoux, et s'y blottit. Suzanne prend la robe qu'elle apportait, en couvre le page, et se met devant le fauteuil?" Ainsi le Comte ignore-t-il la présence du petit page qui a entendu tout ce qu'il a dit à Suzanne, et tous deux vont être témoins de la conversation entre Bazile et Suzanne.

- L'acte V a recours aussi aux cachettes, mais la scène est rendue plus complexe par le jeu des quiproquos générés par les déguisements : le Comte croit entraîner Suzanne et Figaro croit parler à la Comtesse. Ce spectacle est amusant pour le spectateur qui est dans la confidence et instaure une réelle complicité avec les deux femmes qui entendent des propos qu'elles n'auraient jamais dû entendre.

Le comique de caractères
(naît du contraste entre le personnage et sa situation.)

- C'est le cas de Brid'oison, juge ridicule qui illustre la discordance entre le sérieux de son métier et son incompétence.

- C'est Bazile qui se croit un grand musicien alors qu'il n'est qu'un "musicien de guinguette".

- C'est le Comte, grand Seigneur et maître du château, qui crie, tape du pied et est prêt, une pince à la main, à défoncer la porte du "cabinet".

- C'est Antonio qui dit au Comte qu' "on jette toutes sortes de choses par ces fenêtres ; et tout à l'heure on vient d'en jeter un homme."(II,21)

- C'est Figaro qui juste après avoir affirmé à sa mère "Si Suzanne doit [le] tromper un jour, [il] le lui pardonne par avance" (IV,12)" se laisse gagner par une colère jalouse.

La gaieté : une philosophie

Il est indubitable que le spectateur rit beaucoup. La gaieté est une disposition naturelle chez Suzanne et chez Figaro et le ton du badinage domine le plus souvent leurs conversations. Mais la gaieté est plus qu'une tradition littéraire, elle devient un véritable art de vivre voire une philosophie pour Figaro. Déjà dans "Le Barbier de Séville", il répondait au Comte qui l'interrogeait sur l'origine de sa gaieté : " L'habitude du malheur. Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer."

- De fait, la joie de vivre génère chez le personnage un optimisme qui l'aide à triompher de la nécessité comme il le confie dans son monologue : "[...] laborieux par nécessité mais paresseux... avec délices."(V,3). Opportuniste, il s'adapte aux différentes situations "Valet ici, maître là, selon qu'il plaît à la fortune". Personnage pragmatique, il est conscient qu'il faut posséder "un savoir faire plus qu'un grand savoir" et il devient le maître incontesté de la ruse.

- Bouffon qui fait rire par ses bons mots et par ses pitreries, il amuse le spectateur qui partage le sentiment de Suzanne : "J'aime ta gaieté parce qu'elle est folle"(IV,1), mais il devient grave quand il s'interroge sur sa gaieté : " Je dis ma gaieté, sans savoir si elle est à moi"(V,3).

- Ainsi la gaieté devient-elle un thème de réflexion de la pièce et, rire de tout n'est pas possible, même lorsqu'on s'appelle Figaro. Force est de constater que bien souvent, au cours de la pièce, la gaieté, le rire, sont des moyens pour détourner une situation et éviter qu'elle ne devienne tragique. Beaumarchais explique dans sa préface qu'il suffisait de mettre "un poignard à la main de l'époux outragé" pour que la comédie soit "une tragédie bien sanguinaire".




UNE COMEDIE AUX FRONTIERES DU DRAME


+ La pièce de Beaumarchais obéit au schéma classique de la comédie : un mariage annoncé est contrarié et il faudra vaincre les obstacles pour qu'à la fin, le mariage puisse avoir lieu. Néanmoins, il aurait fallu peu de choses pour que cette comédie ne tourne au drame.

+D'abord, l'obstacle majeur est une atteinte à la morale , à la bienséance, à l'ordre social, à l'honneur et à la dignité, c'est-à-dire autant de motifs qui portent atteinte à l'intégrité de la personne et que l'on retrouve dans des pièces tragiques ( Rodrigue ne peut épouser Chimène au nom de l'honneur : on n'épouse pas l'assassin de son père et on n'est pas digne de se marier si on n'a pas vengé l'honneur bafoué de son propre père.)

+ De plus, à plusieurs reprises au cours de la pièce, des péripéties viennent contrarier les actions des personnages et la tension devient telle que toute issue heureuse semble impossible. Ainsi, si l'acte II s'ouvre sur une séance de déguisement au cours de laquelle, la Comtesse, Suzanne et Chérubin s'amusent beaucoup, l'arrivée inattendue du Comte provoque une inquiétude, une angoisse telle que la comtesse est contrainte d'avouer que Chérubin est caché dans son cabinet. Jalousie, colère, cris incontrôlés chez le Comte, trouble grandissant, désespoir, supplications pour la comtesse, le temps n'est plus de rire même des attitudes démesurées du Comte, tant la comtesse nous émeut : donner raison aux inquiétudes de son mari et compromettre son honneur pour un jeu invitent à la pitié. Certes la scène, grâce à l'ingénue Suzanne, se termine bien, mais nous avons frôlé le drame.

+Le désir de Marceline a failli engendrer un inceste.

+Le long monologue de Figaro, par son contenu, sa tonalité pathétique sied mal à une comédie légère. Beaucoup s'accordent à dire que ce monologue est proche de la parabase de la tragédie antique et si Figaro nous a beaucoup amusé jusqu'à la fin de l'acte IV, force est de constater que le lecteur/spectateur est enclin à plaindre ce valet qui ne sait lus qui il est et où il va.

+Enfin, si la comédie, par tradition littéraire étudie les caractères des personnages , la comédie de Beaumarchais étudie davantage les conditions sociales et morales de ses personnages et en cela, il se rapproche du "genre dramatique sérieux". Il considère que "la comédie légère" privilégie le rire en offrant " à la risée publique un pédant, un fat...un imbécile... en un mot tous les ridicules de la société". Mais ce qui importe à l'auteur de théâtre, c'est de présenter "des sujets touchants" qui invitent à la réflexion et qui aient pour objet une morale. Au "rire bruyant ennemi de la réflexion", Beaumarchais préfère "l'attendrissement" et on ne peut nier que certaines scènes nous attendrissent bien plus qu'elles ne déclenchent des rires fracassants.

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